Petits Détails – Grands Tailleurs

( lien vers la newsletter précédente )

First Come First Served!

Dans cette édition, nous parlons de qualité des accessoires de la veste. Par défaut, nos boutons sont en corne, les doublures en cupro Bemberg ou en soie et les broderies d’insigne Paris1930 (optionnelles) personnalisées et finies à la main. Autant de standards de qualité attendus en grande mesure mais finalement rarement la norme chez ces tailleurs, comme nous le racontons au travers des quatre articles ci-dessous.
A titre exceptionnel, Paris1930 offre aux deux premiers lecteurs qui passeront commande, une broderie d’insigne (assortie au tissu) sur doublure ainsi qu’une doublure en soie sans supplément de prix. Soit une économie d’environ €250 en plus d’un tarif sensiblement inférieur à ceux des plus grandes maisons parisiennes et – pour les nouveaux clients – une décote de 10%.



Broderies Artisanales
P30 NSWL broderies Light

Trop rares sont les détenteurs de vêtements réalisés en grande mesure parisienne à  goûter au plaisir d’une discrète broderie, cousue à l’intérieur de la veste, en général sur la doublure. Cette pratique aujourd’hui presque disparue n’a d’ailleurs jamais été systématique. Soit parce qu’elle requiert un équipement et un savoir faire particuliers soit tout simplement parce que de nombreux clients ne se sont jamais vu proposer cette option tandis que d’autres ont jugé toute référence graphique à une marque incompatible avec l’esprit de la grande mesure.

Autant l’avouer, sauf exception, les broderies ne sont jamais réalisées à la main. Bien avant l’arrivée de l’informatique, les brodeuses ont pu automatiser cette tâche grâce aux cartes perforées associées aux machines. Chez Paris1930, une broderie main est certes possible mais son coût exorbitant nous oblige à facturer un supplément de €500, pour une différence de rendu assez ténue. Pour autant, nous sommes en mesure de proposer une technique supérieure à celle en vigueur chez cette poignée de tailleurs qui daignent encore s’y atteler. La principale différence réside dans le recours au « coupe fil », technique qui consiste à ôter à la main le fil de liaison entre les caractères. En découle une broderie plus lisible, un travail plus propre. Et bien sûr un rendu plus en relief que ce à quoi la broderie industrielle nous a habitué. Le comble du raffinement consiste à associer les couleurs du sigle à celle du vêtement. Un détail certes, mais nous réfutons l’idée qu’il est inutile, à moins d’être totalement insensible à la beauté. Jugez par vous-même.

 



Scandaleuses Doublures

P30 NSWL Doublures

Allons droit au but, le choix de la doublure dépend de 4 facteurs:
– la Couleur: unie ou à motifs
– la Matière et sa finition,
– le Grammage,
– le Tissage: parfois, une trame en diagonale très marquée (tissage twill).

En prêt à porter et sur mesure, le choix est généralement limité aux couleurs, éventuellement des motifs sont disponibles. A moins d’aller dans le très haut de gamme, la doublure est quasi systématiquement en viscose, une fibre artificielle, à base de matière naturelle (la cellulose), à la différence de fibres synthétiques (type polyester, à proscrire car une telle doublure fait transpirer, faute de respirabilité).
Le meilleur choix est une doublure en ‘Cupro’, vendue sous la marque Bemberg, fabriquée elle aussi à partir de cellulose (de coton, pas de bois) mais au rendu plus soyeux encore que celui de la viscose. A noter que par de nombreux aspects écologiques, tout oppose viscose et cupro, la fabrication de la première étant aussi polluante (scandale n1) que la deuxième respectueuse de l’environnement. Des doublures de manche en cupro existent pareillement, mais – à moins de les exiger – vous aurez de la viscose (hélas). La soie n’est pratiquement jamais utilisée: plus douce au toucher, elle est également réputée plus chaude, beaucoup plus chère et vulnérable aux frottements d’une ceinture, de boucles, d’une chemise au tissu sec, …

Nous vous invitons à être vigilants: en prêt à porter, lisez l’étiquette de composition car souvent le commercial l’ignorera. Même vigilance en Grande Mesure: le vendeur de la principale mercerie pour tailleurs me confiait que certains n’hésitent pas à doubler une telle veste avec du polyester (scandale n2); franchement un manque total de respect du client. Et pour quoi? Economiser 5€ par rapport à une alternative en viscose, €20 à du Cupro? Par ailleurs, à moins que vous ne le demandiez, le tailleur choisira souvent une doublure en viscose. Scandale n3? Chez Paris1930, nous répondons oui, car même si la différence est moindre, nous considérons qu’au prix de la Grande Mesure, le Cupro est un minimum.

Une autre alternative séduisante, assez difficile à sourcer est une doublure composée de 2/3 de soie et 1/3 de Cupro. On gagne ainsi sur tous les tableaux, notamment en solidité.
On entend souvent parler de la fragilité des doublures en soie, mais ceux qui en parlent ont il vraiment testé? Pour nous faire notre propre opinion, nous sommes en train de réaliser une veste doublée de soie pure, sachant qu’elle sera généralement portée avec un pull doux, donc peu soumise aux frottements. Dans le pire des cas, un ou deux points d’usure risquent d’apparaître à la longue; on pourra alors ajouter un « patch » de soie identique et éviter le coût élevé d’un remplacement de doublure (nécessitant une journée de travail du tailleur lui-même car la doublure n’est pas juste coupée et cousue, elle est modelée en 3 dimensions tout comme les éléments du vêtement qu’elle recouvre). Un patch en soie, voila une retouche exclusive à la Grande Mesure, à la limite du chic et -avouons-le – d’un snobisme tolérable.

Concernant le grammage, assurez vous juste que votre tailleur ne choisira pas une doublure pour pantalon (80g/m), certes encore plus douce mais quelque peu translucide parce que plus fine. Parfois elle est utilisée sur des vêtements d’été et au tissu fin. Dans le cas d’un vêtement réservé aux ports en extérieur pour les journées les plus rudes de l’hiver, vous pouvez opter pour une doublure Cupro plus épaisse (140 g/m) que la norme.

Pour la couleur, une erreur de débutant consiste à choisir une teinte trop vive (scandale n4), laquelle risque de lasser; idem pour les motifs, à moins que vous cherchiez une doublure provocatrice/humoristique (scandale n5?),… Enfin, dans le doute, évitez une doublure plus foncée que le vêtement.

Les doublures fortement marquées de lignes diagonales (tissage twill) sont élégantes, souvent plus épaisses et plus douces, mais aussi parfois très brillantes (comme recouvertes de verni). Plutôt à réserver aux vêtements épais: le tissage serait visuellement trop fort pour un vêtement au tissu fin.

Tissage twill marqué
Tissage twill marqué


Boutons: abondance de corne

P30 NSWL Buttons

En prêt à porter comme en demi mesure, les boutons sont généralement imposés. Pour autant, force est d’admettre que depuis une bonne dizaine d’années, les marques ont fait des efforts, notamment en privilégiant des matières naturelles et des couleurs bien assorties au vêtement. En sus, des options de gravure sur tranche, du nom ou de la marque, un snobisme somme toute assez discret.
Quand on pénètre dans le monde élitiste de la Grande Mesure, on s’attend, qui plus est au pays de la haute couture, à passer à la vitesse supérieure tant en terme de qualité, diversité et nombre de paramètres.

Avant de lancer Paris1930, j’ai rencontré les meilleurs tailleurs parisiens indépendants, tous passés par les maisons les plus respectables (Camps, Cifonelli, Smalto Couture, Lanvin, Rousseau,…) et encore jeunes (malgré un minimum d’une quinzaine d’années d’expérience). Hormis le cas à part des boutons de blazer, j’ai eu l’impression qu’aucun ne s’étaient intéressé aux boutons, que tous vivaient sur un maigre stock, hérité de longue date ou racheté à des tailleurs en partance. Et effectivement, quand on leur demande où se fournir, ils nous renvoient à quelques merceries, mais même celle dédiée aux tailleurs et à la haute couture est incroyablement pauvre en la matière. Je suis donc parti à la recherche du Graal moi-même; heureusement, avec internet, la tâche n’est jamais ardue (pas facile non plus). Résultat: la première fois qu’un tailleur m’a vu avec une veste parée de mes nouveaux boutons (commandés en Allemagne), il m’a complimenté sur les boutons, spontanément. Le tailleur fut ensuite horrifié à l’annonce de leur coût, certes probablement double de celui de ses boutons en corne (sans même ajouter les frais d’envois), mais on parle de sommes modiques, d’autant plus rapportées au prix de la Grande Mesure. Pour moi, la fascination du tailleur pour les boutons de ma veste en valide le prix.  Pour lui, j’en doute.
En quoi ces boutons étaient ils mieux? D’une part, ils avaient un aspect plus artisanal (peut-être le fait qu’ils étaient mats) et surtout je les avais choisi car ils allaient particulièrement  bien avec le tissu de ma veste et même l’ensemble de ma tenue. Donc c’est autant une question de choix que de qualité.
Depuis, j’ai trouvé deux autres fournisseurs, européens, lesquels rachètent continuellement de vieux stocks car l’industrie a été grandement décimée avec l’essor du prêt à porter dans les années 80. Et je continue de chercher.

Ainsi, chez Paris1930, vous pourrez assortir vos boutons avec les paramètres suivants:

Matériau: corne, occasionnellement corozo, nacre, cuir, bois, métal. Que des matières naturelles.
Taille: 14 ou 15mm pour les manches, 18 à 22mm pour la veste,
Couleurs et opacité, voir ci- dessous (et encore je n’ai reproduit que le choix chez un fournisseur, pour des boutons marrons, mâts à quatre trous, de 18mm).

Horn Anim

– surface matte , brillante (pratique italienne)  ou plus rare un cumul des deux,

 

– deux ou quatre trous,

 

– parfois un double tour.

 

Dans la limite des stocks disponibles.

Certes, une telle variété complique le choix; peu importe, au pire nous le ferons pour vous mais au moins, il sera optimisé.

Les boutons doivent être assortis en priorité à la veste et si possible aux pantalons et chaussures. Là encore, il faudra trancher entre recherche de versatilité et justesse. Mais n’est ce pas un des charmes du rituel tailleur?



La Valeur de la Mesure (3/3): le Style.

contours exterieurs

Dans la quasi totalité des cas, l’attitude des tailleurs vis à vis du style est une des deux suivantes:

  • assimiler le style à un artifice, l’apanage de la mode, qu’ils rejettent en bloc. En prêt à porter, il y a un styliste et un modéliste. Le dialogue n’est pas toujours évident (d’où l’idée d’un styliste-modéliste) mais indispensable; tandis qu’en Grande Mesure, le tailleur tout puissant considère souvent que le seul style est celui qui découle de la morphologie du client.
  • c’est le goût du client qui détermine le style du costume. Mais affirmer que le tailleur fera le style demandé revient à dire que le client est son propre styliste. Est-ce raisonnable? Si oui, alors à quoi servent les stylistes en haute couture? Ces tailleurs, qui paradoxalement se complaisent à comparer leur métier à de la haute couture, devraient pousser l’analogie plus loin et s’interroger sur le rôle des défilés, lesquels consistent bien à éclairer le client dans ses choix par des propositions stylistiques. Pourquoi en serait-il autrement en Grande Mesure.

Pour appuyer mon propos, citons Simon Crompton, auteur très reconnu en matière d’art tailleur. Simon:

« And as I’ve said so frequently, style is something bespoke tailors underestimate at their peril. » -20/09/2017- *

Ou encore:

« So how shall we review a suit? Let me count the ways. One: style. Still the most important thing, as much as we encourage men everywhere to care more about quality and fit. » -20/10/2017-

Ce n’est sans doute pas un hasard si les tailleurs les plus renommés au monde ont tous un style maison; c’est bien la preuve que les clients plébiscitent un style et qu’au sein même de ces maisons, quelqu’un estime aussi que c’est important. Pour aller plus loin, considérons ce récent article très critique sur les tailleurs, par une autre pointure dans le domaine sartorial, le très conservateur Allemand Bernhard Roetzel. Bernhard:

« Dans le monde du bespoke, la clé du succès est la communication. Et il se trouve que les meilleurs tailleurs sont toujours ceux qui savent d’abord vous écouter. Mais comment faire quand vous ne parlez pas la même langue ?…À moins que ne vous veniez chercher la “coupe maison”, c’est à dire la silhouette “signature” que ce tailleur réalise pour quasiment tous ses clients. En réalité, seuls quelques rares tailleurs sont prêts à se conformer exactement à vos souhaits et à produire un vêtement selon vos indications précises en termes de coupe et de silhouette. » art. PG 7/12/2017.

Selon Bernhard, le client a le choix entre deux alternatives: essayer de décrire ce qu’il souhaite ou opter pour la coupe maison. D’une part, en pratique, et pour d’autres raisons que celles avancées par Bernhard, la première alternative nous semble irréaliste:

  • quand bien même le client bespoke souhaite être bien habillé, rien ne l’oblige à avoir du goût,
  • un client qui a du goût ne sera pas forcément créatif au point de tout imaginer par lui même.
  • à moins de passer de nombreuses heures à dessiner le costume rêvé, il y aura beaucoup de pertes en ligne entre le costume dans la tête du client, et celui que façonnera le tailleur,
  • celui qui peut s’offrir un costume bespoke a rarement le temps requis pour imaginer son costume dans les moindres détails.
  • La plupart des clients auront des exigences sur des détails (poches, doublure, type de col,…), mais à part les fins connaisseurs, combien maîtrisent les paramètres plus importants?

D’autre part, Bernard oppose coupe client et coupe maison; chez Paris1930, nous considérons la coupe maison comme un précieux support visuel, le point de départ d’une discussion pour définir et s’accorder sur la coupe retenue par le client. Au client de s’orienter vers la maison dont les coupes lui plaisent le plus, et de convenir des souhaits de modification. C’est la meilleure façon de se rapprocher d’un processus Wysiwyg. Donc au final, le bon tailleur est celui qui propose une coupe maison (idéalement plusieurs) et écoute son client. Cela ne fait sans doute pas de lui un artiste mais il se doit d’être plus qu’un artisan.

Mieux sélectionner les tissus. 

Certains clients peu sensibles au style se concentrent – tout comme beaucoup de tailleurs – sur la qualité, les finitions et le fit. Ceux là continueront de s’habiller en Grande Mesure. Mais bon nombres d’esthètes ont dit non à la Grande Mesure en raison de son manque de style. J’ai coutume de dire que sans style, un costume classique devient ordinaire; à l’inverse, une coupe soignée dynamisera le costume anthracite/bleu marine du bureau et évitera à la veste en prince de galles, tweed ou autre pied de poule de sombrer dans le vieillot. Là aussi le tailleur doit faire mieux car en cherchant, on trouve des tonalités à même de dépoussiérer ce genre de tissu. Comme le client ne dispose ni du temps de parcourir toutes les liasses ni de la faculté de deviner dans lesquelles se trouvent les beaux tissus, c’est au tailleur que revient le rôle de dénicher et proposer des pépites. En supposant qu’il ait bon goût et soit en phase avec son époque.

Grande Mesure, l’écrin naturel du style

Pour moi, aucune maison de GM n’a produit à ce jour une coupe aussi somptueuse que la Windsor de Tom Ford. Monsieur Ford n’a rien inventé, mais il a eu l’intelligence d’abolir la barrière entre le style des tailleurs anglais et italiens et d’en importer les codes dans le prêt-à-porter. Toutefois, il est possible de faire encore mieux via une démarche similaire mais en sens inverse: infuser davantage de style dans la Grande Mesure. Imaginez un costume au style Tom Ford mais réalisé en GM: magnifié par un meilleur fit, de belles finitions, amélioré par les possibilités accrues des techniques du tailleur GM (notamment au niveau de la tête de manche et de la ligne d’épaule) et avec un choix exhaustif de tissus. Paris1930 s’efforce d’incarner cette approche.

.